Fuyant l'étude - et l'étuve - de ma palmeraie, je me suis barré vendredi avant-dernier (17 avril) rejoindre les nanas (Irina, Lauriane, Julie) et Larsen (l'homme de Julie) à Jakarta, dont je vous parlerai plus tard.
Après m'être convaincu de ma faiblesse au tennis, et de mon goût pour les piscines gigantesques, après un dîner princier dans un restaurant indien (un sorte de palais, en fait), après une nuit trop courte, nous avons embarqué au port, dans les remugles de poisson pourrissant dès l'aube.
Le cliché que voilà vous permettra d'apprécier, a posteriori et sans l'odeur, la poésie du moment.
Nous étions très nombreux sur ce bateau, serrés comme des vietnamiens, mais trop fatigués pour nous plaindre. Et trois heures de soleil plus tard, nous arrivions en nage sur l'une des pulau seribu (les mille îles), archipel de lagons turquoise, de bancs de sable, de cocotiers etc.A peine arrivés, nous sommes repartis. Sur un autre bateau, à la recherche d'à-pics de corail. Pour certains d'entre nous, le matériel de plongée attendait la descente. Moi, j'ai du me contenter d'un tuba.
Pour la petite histoire, je me suis déchiré le tympan (oui, oui, littéralement) en atterrissant en Indonésie. C'est très désagréable sur le coup, on sent la membrane céder petit à petit sous la pression et ça fait très très mal. Après c'est rigolo, on entend plop plop quand la pression se rééquilibre. Et deux semaine plus tard, on regarde les autres plonger en pataugeant tristement, avec une boule Quiès orange dans l'oreille.
Tristement ? Qu'écris-je ! Joyeusement ! J'ai vu mon premier récif de corail de toute ma vie ! Avec des grosses rascasses blanches et noires dont les nageoires dépassent dans tous les sens ! Et plein de poissons multicolores ! Du genre de ceux qu'Hélène, ma petite soeur, dessinait à 4 ans, et qui faisaient sourire tout le monde... Sauf qu'ils existent vraiment. Et mon préféré, c'est celui qui a les flancs quadrillés en échiquier, la tête bleue avec des zébrures roses, et la queue jaune. Ou alors, le poisson coffre tout carré. Ou l'autre, là, avec des taches de panthères partout !
Même les oursins étaient superbes, avec des piquants démesurés, d'un noir de jais, et décorés en étoiles bleues et argentées. Il y avait aussi des seiches, qui faisaient du sur-place, en ondulant mollement de la nageoire latérale, et des petits poissons qui nageaient en bancs, et moi, je nageais avec eux. J'ai même coursé un diodon en espérant le gonfler. Entre les îles, des poisons volants rasaient les vagues, fuyant notre sillage.
Sur l'île ou nous avons déjeuné, il y avait un varan énorme et des aigles pécheurs, et sur l'île ou nous avons dîné, des chauve-souris géantes qui volaient silencieusement, leurs ailes membraneuses captant les derniers rayons du soleil couchant. Et les massifs de bougainvillées s'enflammaient dans la lumière oblique.
Le soir, la musique nous a attiré vers une ruelle, où une estrade était dressée. Un mariage venait manifestement d'être célébré, et nous avons cru comprendre qu'un concert était donné en l'honneur des époux. Drôle de concert. Trois musiciens au visage impassible. Des rythmes syncopés, ambiance boîte de nuit. De grasses mais jolies créatures trop maquillées se succèdent sur scène et entonnent des mélodies orientales en faisant danser leurs ventres généreux. Le public regarde, mais ne bouge pas. Une femme d'un certain âge me propose de les rejoindre. "Please dancing with me" (sic.). Je décline l'offre et m'étonne de la voir y aller quand même, seule.
Lorsque les mouvements de bassin de la danseuse suivante deviennent explicites, c'est un gros qui monte, casquette Marlboro vissée sur le crâne, une liasse de roupies à la main. Souriante, la chanteuse répond à l'invitation, mais sa danse se fait d'abord plus pudique. Le spectacle change de nature.
A mesure que les billets pleuvent sur le costume pailleté, lla fille se rapproche et ses hanches se délient à nouveau. Les sourires sont figés, sur la bouche des danseurs, et les arrières-pensées se lisent dans leurs regards. Le gros paie pour le dégoût qu'il inspire, et il est fier de montrer qu'il peut payer. Le cours du centimètre a atteint des sommets ce soir là.
Un nabot visiblement moins riche rejoint le couple. Le chef de ces demoiselles en envoie une autre pour alléger se poches. Elle obéit, morose. Le chef la rappelle et la remplace par une chinoise moins regardante. Nous quittons les lieux écoeurés et abasourdis, dans l'ombre de la mosquée toute proche.
Ah que je suis content de ne pas y être allé !
Le lendemain ressembla à la veille. Avec une petite visite au centre de soins pour tortues de mer.
Une sorte de nurserie pour les petites, en fait.
La plage, les abîmes bleutés, le corail doucement phosphorescent, tout ça...
L'attente au port, le retour en bateau...
Et une soirée tranquille à Jakarta, dans la résidence de Lauriane.
Yahou !!! Je l'savais qu'ils existaient mes jolis petits poissons multicolores !!! La leçon à en tirer: la vérité (même la plus absurde) sort toujours de la bouche des enfants. Et je vois avec plaisir que mon frère l'a remarqué. Qu'il s'amuse bien ce cher Hippolyte !!!
RépondreSupprimer... Et qu'il fasse gaffe à ses tympans !
RépondreSupprimer( signé la grande soeur )
La bougeotte oscillante a fait atterrir notre Hippolyte dans des décors bien sympathiques... qu'il continue à nous y faire voyager en pensées - et en images ;-)
RépondreSupprimerJulie